29 juillet 2013

Maxi Navi : l'étau se resserre, mais le danger demeure

 
On n'invente pas ce genre d'information. Même en été quand les rédactions sont à l'affût du mort célèbre, de l'accident spectaculaire ou de l'évènement qui fera vendre. Cela s'est passé le 27 juillet de cette année, il y a quelques jours. A Venise, aux environs de onze heures, heure locale. 
 
Le paquebot Carnival Sunshine, propriété de la Compagnie Carnival Cruise Lines, qui jauge plus de 102.000 tonneaux, long de 272 mètres  et large de 35 mètres pour une hauteur de 62 mètres de haut, l'un de ces Maxi Navi qui arrivent et partent de Venise chaque jour, est passé à une vingtaine de mètres de la Rive dei Sette Martiri, ce long quai qui part de la piazzetta et conduit les passants jusqu'à Castello, là où se dresse la Biennale, au lieu de suivre le milieu du Bassin comme c'est l'usage. 
 
Il s'agirait d'une erreur de manœuvre. Il y avait foule pour assister à ce qui aurait pu tourner au cauchemar, et qui ne manquera pas d'en devenir un un jour si rien n'est fait pour éviter que cela puisse se produire. Un navire d'un tel tonnage est long et difficile à manœuvrer dans l'urgence, même sur une eau aussi calme que celle du Bassin de San Marco. Il est facile d'imaginer ce que signifierait un accident à l'endroit où le navire a été photographié...

Cette partie du bassin est fréquentée par de nombreuses embarcations en tout genre, barques privées, taxis, vaporetti, des avirons et des dériveurs même parfois. Une collision entre le géant et un de ces bateaux et c'est le drame assuré. L'adjoint en charge de l'environnement à la municipalité, Gianfranco Bettin a très vite réagi en demandant qui a pu autoriser un passage à cet endroit et pourquoi aucun des membres de l'équipage n'a signalé l'erreur de ce qui ne peut être considéré comme un salut à la Sérénissime mais plutôt à une bévue d'une profonde gravité. «la preuve supplémentaire qu'il faut faire appliquer le décret Clini-Passera au plus vite» (cf. Tramezzinimag du 24/07/2013 : ICI)

L'écrivain vénitien bien connu, Roberto Ferrucci a été témoin de l'incident. Habitué d'un café où il vient souvent lire et écrire, il a pu filmer la scène et témoigne sur son blog (ICI) : «Ce n'est pas la première fois" dit-il. "J'étais assis au bar en train de lire comme je fais souvent, et j'ai vu le navire quitter la voie qu'il suivait en se rapprochant de la rive, serrant dangereusement un vaporetto contraint de se rapprocher du quai. C'était impressionnant à voir».  

Ce n'est pas le premier incident du genre, tous les vénitiens le savent. L'écrivain ajoute dans son témoignage : «C'est arrivé il y a une dizaine de jours avec un autre paquebot. A l'évidence , le commandant a mal pris la manœuvre, en dépit du remorqueur qui le suivait. Il a vite redressé et tout est rentré dans l'ordre, mais cela nous a fait une forte impression».

Pour la Capitainerie du Port, aucun incident n'a été signalé. Deux pilotes vénitiens étaient à bord et un remorqueur accompagnait le navire. Pas d'erreur constatée et l'incident du vaporetto qui aurait pu tourner au drame et coûter la vie à de nombreuses personnes n'est même pas consigné...
 
Ainsi, jusqu'à l'application de ce décret qui interdit la traversée des eaux de San Marco et de la Giudecca par les grands navires ; le risque demeure plus que jamais. Faudra-t-il attendre une catastrophe pour que Rome accepte d'activer les choses et montre son intérêt pour la protection et la défense de Venise et de sa Lagune ?